Les premières élections « européennes »?

L’exécutif communautaire n’est pas sans raison, lorsqu’il souligne que les élections au Parlement européen de 2014 « seront particulièrement importantes pour l’UE », car la crise économique et financière nécessite une réponse européenne, ainsi que des progrès pour résoudre les décalages entre la politique monétaire et les politiques communes et fiscales, vers une gouvernance économique commune. Mais, enfin, les dirigeants européens sont conscients que tout progrès vers une plus grande intégration nécessitera le soutien et la participation des citoyens. Les chiffres rouges de la légitimité démocratique de l’UE, autrefois contournés par des accords entre élites politiques avant le consensus passif des citoyens, sont déjà insurmontables dans la situation actuelle.

Il est curieux, à ce stade, d’enquêter dans certaines études d’opinion sur les nominations électorales passées pour réaliser dans quelle mesure la situation dans l’UE a changé dans tout ce qui concerne les préoccupations des citoyens et leur relation avec les questions en discussion. Un Eurobaromètre préélectoral de l’été 2004 nous a montré que les citoyens européens percevaient un petit impact des activités de l’UE dans leur vie, ce qui a sans aucun doute nui à ces élections, influençant la décision d’aller ou de ne pas voter. De cette étude, il est ressorti que l’activité et les politiques des institutions nationales, d’abord, suivies par les institutions régionales et locales, avaient un impact plus important sur la vie des citoyens visiblement au-dessus de l’UE dans son ensemble. Il est clair que la crise économique et la réponse de l’UE à cette crise ont affaibli ces perceptions.

Un autre facteur à prendre en compte est que nous sommes confrontés aux premières élections après l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, qui a incorporé des réformes institutionnelles notables concernant la démocratisation du processus décisionnel, avec un Parlement européen et finalement un pouvoir législatif au niveau du Conseil, avec l’extension de la codécision en « procédure législative ordinaire ». Bien que la vérité soit que l’expérience nous a appris que les conséquences de ces réformes ont leurs «limites» si nous les analysons du point de vue de la perception des citoyens.

Les pouvoirs accrus du Parlement européen, la plus grande abstention.

Historiquement, la légitimité qu’un Parlement élu et renforcé a eu dans ses pouvoirs dans les modifications successives des Traités a contribué à l’ensemble du système institutionnel communautaire est sans doute diminuée par la faible participation aux nominations électorales successives, un fait lié à la faible connaissance que les citoyens en général possèdent sur de telles avancées «démocratiques». La vérité est qu’à partir de 1979 (date à laquelle le Parlement européen a été élu pour la première fois au suffrage universel) jusqu’à ce jour, les élections au Parlement européen n’ont fait que confirmer la corrélation négative entre l’augmentation des pouvoirs du Parlement et la faible participation progressive aux élections du Parlement.

Paradoxalement, loin de cette idée qui a fait du Parlement européen et de son «autonomisation» le facteur clé pour accroître la légitimité de l’UE, les élections européennes n’ont fait qu’amplifier la visibilité du déficit démocratique.

En 1979, alors que le Parlement européen est à peine doté de pouvoirs de contrôle sur la Haute Autorité CECA ainsi que du droit de modifier une partie minimale des dépenses communautaires, la part atteint 63%. En 1989, après que l’Acte unique européen ait instauré les procédures de coopération et d’obtention d’avis et ait favorisé le rôle consultatif de la Chambre, la participation a chuté de deux points et demi par rapport à 84, soit 58,5%.

Les premières élections après le traité de Maastricht, tenues en 1994, confirment cette tendance à la baisse (56,8%), bien qu’il s’agisse de la première réforme des traités dans laquelle il a été décidé d’assimiler le pouvoir législatif du Parlement national à celui du Parlement européen.

En outre, dans un Eurobaromètre après la nomination électorale, on apprend que seulement 37% des répondants savent que le traité susmentionné a accru les pouvoirs du Parlement européen.

Les journées électorales de 1999, 2004 et 2009 entérinent la déconnexion avec les citoyens: la participation tombe déjà en dessous du seuil de 50%.

Pouvons-nous donc nous attendre à ce que la réforme de Lisbonne influence d’une certaine manière l’augmentation de la participation? Il est difficile d’affirmer cela, compte tenu, en outre, du fait que le dernier Eurobaromètre confirme l’ignorance persistante des citoyens européens, sans aller plus loin, quant à leurs propres droits de participation politique, ou de tout autre type, liés au statut de citoyenneté de l’Union. .

Par conséquent, on peut s’attendre à ce que, lors de l’augmentation de l’intérêt pour les élections européennes, il soit plus important de penser que ces élections peuvent être décisives pour choisir le président de la Commission européenne et, bien sûr, pour décider du modèle européen de réponse à la crise économique, qui, pour la première fois, sera à l’ordre du jour des partis en campagne, au-dessus des conflits classiques et simplement des circonstances nationales.

Quant aux partis politiques européens, on peut parler d’un déficit net.

En effet, le développement de partis politiques véritablement transnationaux a été difficile compte tenu des circonstances dans lesquelles le processus d’intégration et de décision a évolué dans l’UE, où le modèle intergouvernemental a prévalu, soit par l’IGC, soit au sein du Conseil des ministres. Cela s’est traduit par le renforcement du rôle des exécutifs nationaux au détriment du pouvoir d’influence et de contrôle des parlements et des partis politiques.

Le statut des partis politiques européens est régit par une règle de 2004, dont le renouvellement a été promu par le Parlement européen dans le but de renforcer son cadre juridique dans la législation communautaire, pour donner une plus grande authenticité à la condition transnationale de ces partis, et promouvoir un véritable débat politique européen.

Hier précisément, la commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen a débattu d’un rapport sur cette question, en mettant l’accent sur les élections de 2014. L’objectif est que les parties de l’Eurochamber cessent d’être de simples «parapluies» de leurs matrices nationales, leur conférant une personnalité juridique fondée sur le droit communautaire, un financement plus souple et transparent et un champ d’action plus large, pouvant participer à des campagnes de référendum sur les questions qui concernent l’UE.

Toutes ces «impulsions» suffiront-elles pour que l’on puisse parler pour la première fois en 2014 d’élections «européennes»?

-L’espérance d’alternance politique, avec une véritable corrélation entre la volonté populaire exprimée aux urnes et le président de la Commission, qui avec son équipe, approuve la majorité élue du Parlement européen.

-Le développement d’une campagne à dimension européenne centrée sur des problématiques communes qui nous concernent tous, Européens. Débat européen contre les querelles «domestiques» classiques. Nous votons pour qu’un modèle européen sorte de la crise, qui doit être l’axe essentiel du discours des partis dans la campagne. Les partis politiques européens doivent donc passer l’examen de leur discours et de leur portée transnationales

-Enfin, si ces facteurs se produisent, nous, Européens, pouvons voir l’importance de notre vote pour le développement de nos vies, en choisissant un modèle européen qui se reflétera dans les politiques que nos gouvernements mettront en œuvre.

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