Les racines chrétiennes de l’UE

En 2003, lors de l’élaboration de la Constitution européenne, l’un des points les plus controversés du débat fut de décider de la nécessité ou de l’inconvenance d’inclure une référence au christianisme dans le texte du traité. Les partisans de la référence chrétienne faisaient valoir, à juste titre, qu’il s’agissait du troisième pilier à partir duquel la civilisation européenne avait été construite, pour façonner une identité européenne commune sur la base de la philosophie grecque, le droit romain et la théologie chrétienne.

En réalité, personne ne doute sur le fait que cet « héritage commun » ait marqué le développement politique, moral et intellectuel de notre continent. Plus précisément, le christianisme pourrait être défini comme « la grande source des valeurs », dans le sens qu’il existe une conscience historique des valeurs partagées qui trouvent leur source dans le christianisme.

Cependant, quelques auteurs comme Habermas parlaient d’un « patriotisme de la Constitution », une identité fondée sur des principes éthiques, civiques et politiques, définis dans la pratique de la citoyenneté active, exercée dans un contexte démocratique et de droits accordés par une Constitution, en l’occurrence, la Constitution européenne. C’est-à-dire une formule encore plus sécularisée que la « religion civile » décrite par Rousseau dans Le Contrat social: une sorte de «religion du citoyen».

Et c’est ainsi que dans le préambule de la malheureuse Constitution européenne, la référence chrétienne a été exclue, substituée par «(…) l’héritage culturel, religieux et humaniste de l’Europe, dont les valeurs universelles des droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, démocratie, égalité, liberté et état de droit » qui inspireraient désormais l’Union Européenne.

Valeurs et principes universels pour une identité diversifiée, dynamique et en constante évolution et qui se construit dans le cadre de la pratique active de la citoyenneté européenne pour une identité et une union de valeurs démocratiques et constitutionnelles.

Dans le texte de cette Constitution ratée, il se faisait également référence aux symboles de l’intégration européenne (Art. I-8): drapeau, hymne, devise, monnaie, Journée de l’Europe … Références qui ont été supprimées lors de la réforme postérieure de Lisbonne qui a suivie, et dans laquelle le Conseil a essayé de se passer de tout ce qui avait odeur à Constitution. En réalité, il y a aussi peu d’analystes qui ont critiqué cette formule d’’’européiser’’ l’identité de ses citoyens, en utilisant les mêmes formules que l’État-nation: drapeau, monnaie, hymne, enregistrement…. En l’occurrence, une formule semblable à celle de l’identité nationale qui peut ne pas être applicable ou correcte dans le cadre d’une identité supranationale.

Nous connaissons tous le drapeau de l’UE, qui représente un cercle de douze étoiles dorées sur fond bleu. Même si certains savent peut-être moins ce que cela signifie. L’explication officielle, trouvée sur le portail Europa, c’est que « le cercle d’étoiles d’or représente la solidarité et l’harmonie entre les peuples d’Europe », tandis que les douze étoiles s’expliquent par le fait que « le nombre douze est traditionnellement le symbole de la perfection, de l’exhaustivité et de l’unité ».

Or, le drapeau, né en 1955 dans le cadre du Conseil de l’Europe et adopté par les institutions de l’UE dès 1985 a une origine très différente, beaucoup moins laïque et séculaire, et beaucoup plus proche d’être un drapeau « très chrétien ».

En effet, le cercle d’étoiles qui représente la couronne sur les cheveux de la Vierge Marie, mère de Jésus, centre des religions chrétiennes. Et le tout sur fond bleu, la teinte qui symbolise également toute la mythologie entourant la figure de la mère du messie crucifié. De plus, le drapeau a été approuvé par le Conseil de l’Europe le 8 décembre 1955, jour de l’Immaculée Conception.

Trois jours plus tard, le Conseil de l’Europe inaugure un vitrail dans la cathédrale de Strasbourg en l’honneur de la Vierge couronnée d’un halo de douze étoiles. Son auteur, le designer Arsène Heitz a expliqué à plusieurs reprises l’inspiration qu’il a eue en lisant un passage du livre Apocalypse, de l’Ancien Testament, qui fait référence au célèbre dogme de la Vierge Marie. Douze apôtres, douze fils de Jacob et douze étoiles sur le drapeau.

Si le drapeau européen a cette origine, à quoi bon ne pas le préciser dans les informations que les institutions européennes nous proposent sur ce symbole ? Une explication « à la demande » et plus conforme à l’Europe d’aujourd’hui a-t-elle été retravaillée ? En fait, nous n’allons pas avoir peur. Buzek lui-même, dans son premier discours aux députés européens après son investiture en 2009 en tant que président d’un Parlement européen à majorité conservatrice, n’avait aucun scrupule à afficher explicitement des symboles religieux, en remettant une statue de Sainte Barbara à son prédécesseur, Hans Gert Pöttering. Que les symboles soient nécessaires et créent une identité, je ne doute pas, que chacun puisse aussi les interpréter à sa manière. Personnellement, je suis clair sur ce que le drapeau européen signifie pour moi : progrès, bien-être, égalité, valeurs universelles, droits de l’homme, libertés fondamentales, démocratie, diversité, tolérance, solidarité.


References:

  • Buttiglione, R. (2002). Existe-t-il une démo européenne? The European Citizen Finance, 2002 (1), 25-28.
  • Habermas, J. (2001). Pourquoi l’Europe a-t-elle besoin d’une Constitution? New Left Review, édition francaise, novembre / décembre, no. 11, 5-25.
  • Beriain, J. (1996). La construction de l’identité collective dans les sociétés modernes. Dans J. Beriain & P. ​​Lanceros (Comps.), Identités culturelles (pp. 13-43). Bilbao: Deusto.
  • Traité établissant une Constitution pour l’Europe du 29.10.2004 (DOUE C 310/01 du 16.12.2004).
  • Nettesheim, M. (2004). La citoyenneté européenne dans le projet de Constitution européenne: Constitution de l’idéal d’une communauté politique d’Européens? Magazine d’études politiques, juillet / septembre, no. 125, 211-227.

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