Tension dans les négociations Grèce-UE

Le retrait partiel du ministre grec des Finances Yanis Varoufakis des négociations avec les institutions européennes met en évidence les contradictions dans lesquelles une grande partie de la gauche vit, embourbée dans sa vision du processus d’intégration européenne. Cette gauche n’est pas facile à cataloguer: avec 52 députés regroupés en 19 délégations, elle comprend le Front français de gauche, l’allemand Die Linke, le Parti communiste portugais, Syriza, Bildu, Alternativa Galega de Esquerda, Sinn Fein ou Podemos; un amalgame déroutant de partis communistes, postcommunistes ou nationalistes de gauche que beaucoup de ses membres préfèrent décrire comme la gauche ordinaire (ils sont conçus comme les vrais opposés à la social-démocratie) et d’autres aiment ajouter l’adjectif radical pour souligner son caractère transformateur.

Contrairement à la droite europhobe et xénophobe, qui est parfaitement claire sur ses priorités (mettre fin à l’UE, fermer les frontières, expulser les immigrants et restaurer les monnaies nationales), la gauche européenne vit piégée dans le dilemme décrit par Varoufakis dans un vaste Texte de décembre 2013 intitulé Confessions d’un marxiste erratique au milieu d’une crise européenne dégoûtante. Varoufakis pose la question suivante: « Faut-il profiter de cette profonde crise capitaliste pour favoriser le démantèlement de l’Union européenne? » ou, au contraire, demande-t-il, « faut-il admettre que la gauche n’est pas préparée à un changement radical et qu’elle doit donc collaborer à la stabilisation du capitalisme européen jusqu’à ce que les conditions pour développer une alternative humaniste soient données? »

La réponse de Varoufakis est qu’il faut tendre vers le sauvetage du capitalisme et le projet européen. Pourquoi donc cet effort pour maintenir en vie une UE définie littéralement ici comme « une menace pour la civilisation »?

Car, selon Varoufakis, l’effondrement de la zone euro mettrait l’Europe entre les mains du fascisme et du nationalisme xénophobe. Mais sauver l’UE et le capitalisme, prévient-il, ne signifie pas selon lui se sauver d’une bonne crise, mais plutôt la provoquer. Et la façon d’y parvenir est de faire exploser la principale contradiction de l’euro: celle d’avoir une monnaie commune dont on ne peut sortir mais où il n’y a pas de souverain commun pour répondre des dettes contractées avec cette monnaie. Si vous ne pouvez pas sortir de l’euro, conclut Varoufakis, ils ne peuvent pas non plus vous expulser, ce qui signifie que vous pouvez suspendre les paiements et ne pas quitter la zone euro. Provoquer cette suspension (sans sortir de l’euro) pour confronter la zone euro à ses contradictions et l’obliger à achever sa conception en mutualisant les dettes, semblait être la stratégie de négociation de Varoufakis. Tsipras semble avoir craint que la stratégie de l’épidémie, au lieu de consolider la zone euro, ne détruise la Grèce, et a réfléchi à deux fois. Que deviendra le marxiste erratique maintenant? Et qui sauvera l’UE d’elle-même?

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