Lève-toi EUROPE

L’Europe est exposée à une rencontre très dangereuse de trois crises qui se déroulaient jusqu’ici en parallèle: la crise de la gouvernance de l’euro, avec son paroxysme grec; la crise de l’asile et des réfugiés, qui menace de faire exploser la libre circulation des personnes; et la crise de notre voisinage qui, de l’Ukraine à la Libye en passant par la Syrie, révèle la faiblesse de la politique étrangère européenne.

Séparément, chacune de ces crises expose les fractures profondes qui traversent le projet européen. Ensemble, elles forment une tempête parfaite qui pourrait très bien mettre fin à ce dernier. Ce n’est pas une exagération. La construction européenne repose aujourd’hui sur trois piliers: l’euro, la libre circulation des personnes et les valeurs européennes. Si nous supprimons l’un d’eux, le bâtiment ne tiendra guère.

D’une part, la crise grecque a mis en évidence les problèmes de gouvernance de la zone euro, problèmes liés à la fois à l’efficacité et à la légitimité démocratique.

Alors que les États-Unis sont sortis de la crise depuis longtemps, la zone euro reste économiquement stagnante et les niveaux de chômage pèsent sur ses sociétés, ses systèmes politiques et ses États-providence, provoquant la montée de mouvements et de groupes populistes des deux côtés du spectre politique . . .

Outre et au-delà des différences évidentes entre la nouvelle gauche et la nouvelle droite issues de la crise, toutes ces forces partagent une réaction souveraine et une intégration anti-européenne qui n’est rien d’autre qu’un nouveau nationalisme déguisé en réaction démocratique contre les marchés, l’intégration Européen ou les deux.
Le réflexe nationaliste provoqué par la crise économique sera sans aucun doute accentué par la crise de l’asile et des réfugiés. La capacité d’absorber des vagues migratoires ethniquement diverses et de les transformer en force de progrès économique et social nécessite l’existence d’une économie en croissance et de sociétés ouvertes et prédisposées à l’intégration. Tout le contraire de ce qui arrive à l’Europe aujourd’hui, économiquement stagnante et mentalement bloquée par l’immigration.

Nous avons vu, de la Grèce à l’Ukraine, que la solidarité européenne est à peine suffisante pour atteindre les Européens eux-mêmes. Il ne sera pas facile d’étendre cette solidarité aux non-Européens, en particulier lorsqu’ils proviennent d’une zone géographique telle que le Moyen-Orient, avec laquelle l’Europe entretient des héritages et des relations hautement toxiques.

Cela n’est un secret pour personne que nous pourrions gérer efficacement la crise de l’asile et des réfugiés. Ce n’en n’est pas non plus que cela exigerait beaucoup plus d’Europe que les autorités nationales n’en consentent.

Encore une fois, comme cela s’est produit au début de la crise grecque, les gouvernements européens ont préféré adopter une solution nationale plutôt qu’européenne. Cette méthode transforme l’Europe en une imitation de ce que Churchill disait sur les États-Unis: les Américains, disait-il désespérément en raison de la réticence de Washington à intervenir dans la guerre, finissent toujours par avoir raison, mais seulement après avoir essayé toutes les autres alternatives.

En effet, nous n’en connaissons pas la raison mais l’Europe aime vivre tout en attendant toujours que la situation se dégrade tellement que les gouvernements ne peuvent que choisir entre le suicide collectif ou plus d’Europe. Le problème est que, chez un patient affaibli déjà infecté par le virus de la xénophobie, les solutions peuvent être retardées; on ne peut pas jouer avec le fascisme.

Le problème de l’UE est que, tant en ce qui concerne la crise de l’euro que la crise de l’asile, elle a toujours été défensive et dépassée, sans avoir le temps de surmonter les problèmes en amont et de les résoudre à la source. C’est le cas de la gouvernance de l’euro, où les mécanismes de prévention systémique n’ont fait que très lentement et de manière incomplète leur chemin, ainsi que de la politique étrangère européenne.

La source de l’instabilité que nous vivons ces jours-ci se trouve dans une région voisine, le Moyen-Orient, où l’Europe n’est pas en mesure d’affirmer ses intérêts ou ses principes. Alors que la Russie et l’Iran définissent leurs intérêts dans la région de manière brutale et cristalline et mettent tous leurs atouts diplomatiques, économiques et militaires derrière eux, l’Europe n’a pas de vision sur ce qu’il faut faire, et elle ne sait pas très bien quoi demander aux États-Unis, ni comment travailler avec Obama.

Nous ne parlons pas d’un manque d’instruments en Syrie mais de l’absence de politique extérieure. L’Europe non seulement ne sait pas ce qu’elle veut, si négocier avec Assad ou aller en guerre contre l’État Islamique en s’alliant avec la Russie mais le plus ridicule de la situation c’est qu’elle n’a pas non plus une méthode pour le savoir ce qui laisse à chaque gouvernement libre agence. Le résultat ne pourrait pas être plus déconcertant: alors que la France de Hollande se déclare en guerre contre L’État islamique, les autres regardent dans l’autre sens et cherchent un règlement rapide avec Assad.

Je crois en une Union capable de dire sa parole au monde dans la promotion des droits fondamentaux et la paix; sans cette capacité l’Europe terminera par se faire dépecer.

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