Pour une éducation à la citoyenneté européenne

Parler d’éducation à la citoyenneté, c’est parler d’éducation aux droits de l’homme. En fait, l’allusion aux droits de l’homme est courante dans toute définition de l’éducation à la citoyenneté. Elle est présente en théorie et en pratique. Il ne peut en être autrement lorsque les droits de l’homme deviennent le pilier de notre coexistence dans la société.

L’éducation à la citoyenneté et aux droits de l’homme est un couple indissociable. Pour le vérifier, il suffit de se pencher sur les notions d’éducation civique et démocratique dispensées par les principales organisations transnationales. Pour le Conseil de l’Europe, parmi les objectifs prioritaires de l’éducation à la citoyenneté figure la « promotion d’une culture démocratique respectueuse des droits de l’homme ». Pour la Commission européenne, le contenu de l’éducation à la citoyenneté comprend l’apprentissage des droits et devoirs des citoyens, le respect des valeurs démocratiques et des droits de l’homme.

Pour leur part, les droits de l’homme sont l’un des objectifs et des buts contenus dans la Déclaration universelle publiée par les Nations Unies, ainsi que dans les principaux instruments internationaux des droits de l’homme de l’Organisation. Cela au niveau international, tandis qu’au niveau européen, nous avons la protection exercée par la Convention européenne et par la Charte des droits fondamentaux de l’UE récemment rédigée.

Comment définissons-nous les droits de l’homme? Pour le Conseil de l’Europe, « les droits de l’homme se réfèrent à la fois aux conditions qui permettent aux individus de développer leur plein potentiel et de se lier aux autres, et à l’établissement des responsabilités des Etats-nations envers les individus ».

Ils sont en outre divisés en plusieurs catégories: civiles, politiques, sociales, économiques et culturelles; catégories souvent associées à leur développement ou à leur conquête à certaines périodes historiques. La tendance académique est également encline à identifier l’universalité ou la «culture mondiale» des droits de l’homme, par opposition aux identifications avec la culture ou la civilisation occidentale.

Bien que la question la plus importante que nous nous posions au sujet de l’éducation n’est autre que la manière d’enseigner les droits de l’homme, en ce sens, un aspect crucial est d’influencer à la fois l’information sur les droits de l’homme et la formation à travers différentes stratégies participatives. Cela signifie que les droits de l’homme doivent non seulement être transmis comme un « concept », comme une « idée abstraite », mais aussi comme une « pratique » qui implique l’acquisition d’autres connaissances et compétences. Comme l’affirment des auteurs comme Philippe Augier, « les droits de l’homme n’existent que s’ils sont utilisés ».

Le renforcement de la «solidarité» est un autre des principaux objectifs de l’éducation à la citoyenneté, ce que reconnaissent les différentes organisations transnationales et la tradition théorique du concept. Pour le Conseil de l’Europe, cet enseignement implique « un facteur de cohésion sociale, de compréhension mutuelle, de dialogue interculturel et interreligieux et de solidarité ». Quant à elle, la Commission européenne souligne également l’importance de la solidarité, de la tolérance et de la participation dans une société démocratique, afin que les enfants et les jeunes deviennent des citoyens responsables et actifs.

Comme le rappelle Karen O’Shea du Conseil de l’Europe, la solidarité est associée à bien des égards « à la capacité des gens à sortir d’eux-mêmes et à reconnaître et à agir pour la promotion des droits d’autrui« ; C’est donc l’un des objectifs essentiels de la formation civique et démocratique, en facilitant l’accès aux connaissances et l’acquisition de compétences et de valeurs qui leur permettent de vivre pleinement la «dimension communautaire de la vie».

La valeur fondamentale de la solidarité est ainsi pleinement liée à l’idée de tolérance et de coexistence dans les sociétés multiculturelles. Mais tout type de solidarité n’est pas valable pour cela, mais seulement de par une nature «inclusive» ou, comme l’appelle Adela Cortina, une «solidarité universelle».

La solidarité est liée à une attitude de tolérance qui nous apprend à vivre ensemble, à connaître et à respecter ce qui est différent; une tolérance sincère, fondée sur l’acceptation et la recherche d’un enrichissement culturel des deux côtés; c’est-à-dire ce qu’Amin Maalouf appelle le « principe de réciprocité ». Cette « tolérance active » s’oppose à la « tolérance passive » (qui se limite à l’exercice de la distance sociale, de l’indifférence et du repli), et consiste à savoir admettre l’égale dignité de tous et la légitimité de toutes les opinions, donc comme pour acquérir des notions générales sur le reste des cultures, des religions et des peuples afin d’apprendre à les respecter, car la connaissance de l’autre est la première étape pour progresser dans le comportement démocratique. Il suffit de rappeler, dans cet ordre de choses, la définition de la «tolérance» des Nations Unies: celle-ci, «consiste en un respect, une acceptation et une appréciation de la riche diversité des cultures de notre monde, de nos formes d’expression et d’être humain »; et cela signifie aussi et surtout «une attitude active de reconnaissance des droits humains universels et des libertés fondamentales d’autrui».

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