Sur l’évolution des politiques culturelles en Europe en 4 étapes

Une analyse comparative des différents politiques est difficile car les pays n’ont pas les mêmes structures administratives (système centralisé, fédéral…), et des idéologies différentes… mais grossièrement, les politiques culturelles post WW2 se sont développées de manière assez similaire en partant de l’objectif de démocratisation pour aller vers une culture socialement et économiquement soutenable.

En effet, il faut que nous tenons compte de 2 grands facteurs de différenciation :

  • D’un côté, le degré d’organisation politique des pays
  • De l’autre, si on confit la politique culturelle a une autorité politique décisionnaire (France) ou bien si on confit cette dernière à des organisations publiques non gouvernementales indépendantes (Grande Bretagne)

On peut donc synthétiser l’évolution des politiques culturelles en 4 étapes :

  • Le modèle initial (1950-1960) : excellence des arts, vertu de leur démocratisation. Développer l’offre de culture et favoriser l’accès des citoyens à cette offre. Le champ est assez restreint car l’industrie culturelle, le divertissement, n’était pas à l’ordre du jour à l’époque. Les pays de l’Europe du Nord sont assez ancrés sur la notion d’État-Providence qui se doit de promouvoir la culture au rang des droits fondamentaux, au même titre que l’instruction, la santé, l’instruction sociale… tandis qu’en France ou en Grande Bretagne on reste sur le principe du choc esthétique. Le rôle de la politique est d’essayer de montrer les bienfaits de cette culture légitime.
  • Décentralisation des actions publiques (Fin des années 60– début des années 70) : enquêtes sur les pratiques culturelles des français (1973) qui met en évidence des inégalités dans les pratiques culturelles. Cette inégalité est également géographique (Métropoles/Milieu rural) et provoque un double biais, car dans les métropoles il y a plus d’artistes, plus d’équipements, et plus de facilités d’organisation (ex : Paris), même si l’objectif a été de faire en sorte qu’il n’y ait pas de désert culturel et de veiller à ce qu’il y ait des équipements sur tout le territoire ; en général dans les grandes métropoles, foyers des catégories sociales supérieurs, qui consomment plus de culture. À partir des années 60, on se dit qu’il faut avancer vers une meilleure répartition et s’affranchir de la politique culturelle « légitime » qui dit que c’est plus simple de se concentrer sur Paris. Mieux répartir les compétences, et mettre en place des mécanismes de cofinancement, de codécision. On observe de plus en plus de décentralisation au sens où les collectivités locales se sont emparées du secteur culturel, et ont donc permis d’avoir une diversification des approches de la demande. C’est une sortie du modèle hiérarchique très vertical.

Ici, on va mettre en place des projets de cofinancement : déconcentration plus que décentralisation. Généralisation en 1977 des DRAC (Direction Générale aux Affaires culturelles) ou chaque région à sa DRAC, qui émane du ministère de la culture. Création d’arts régionaux qui vont s’ancrer dans la culture.

  • Remise en cause du champ légitime : L’action publique est prise en tenaille: on va remettre en cause le champ de la culture légitime face à la diversité culturelle. Les acteurs privés vont être sollicités pour financer la culture, le point de départ vient des pays anglo-saxons avec leur diversité des structures et une pluralité des financements. La démocratie culturelle est le nouvel objectif. Les industries culturelles ont dé-hiérarchisé la culture et on promut cela. La Grande Bretagne est dans cette logique avec une très faible augmentation du budget et une volonté de diversifier le financement de matching-fund. La France, au contraire, centralise la culture. Elle instrumentalise celle-ci à des fins économiques.

C’est la période où l’on va défendre l’audiovisuel.

  • Des industries culturelles aux industries créatives (Années 90) : c’est l’entrée dans cette intégration de la culture dans la politique économique. On considère cette notion d’industrie créative (évoquée en Australie) qui consiste en un rapprochement de la culture avec l’info et la com, avec le développement du numérique. En Grande Bretagne, sous Tony Blair, le champ de la culture sera redéfinit et on distinguera notamment le patrimoine culturel des industries créatives. En sachant que dans les industries créatives sont compris: l’architecture, la musique, l’édition, le marché de l’art, le cinéma, la radio, la télévision…

Dans notre actualité, on assiste à un processus où la culture n’est plus un bien seul qui caractérise la société mais un bien de consommation intermédiaire à disposition de chacun. Cela a un impact direct sur la cohésion et les désordres sociaux qui éprouvent nos sociétés contemporaines. La culture a un rôle à jouer en termes de politique sociale, d’aménagement de territoire, de rénovation mais surtout comme vecteur de mobilisation et de changement politique.

Un article abordant les ordres et désordres sociaux provoqués, entre autres choses, par l’effondrement de la culture sera mis en ligne prochainement en coïncidant avec la publication de l’un de mes mémoires.

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