L’initiative franco-allemande; une opportunité pour le fédéralisme

Les États-Unis d’Amérique sont nés lorsque les colonies ont partagé la dette née de la Guerre Révolutionnaire ce qui pourrait avoir été appliqué à notre Union. Toutefois, les pays d’Europe septentrionale et centrale ont dans un premier temps refusé d’aider le Sud dans cette crise et ont ainsi perdu l’opportunité de mettre en place les États unis de l’Europe.

Nous avons maintenant une autre opportunité de régler le fiasco des premiers jours de la gestion de la crise et de nous imprégner de cet esprit réformateur qui possédaient les pères de ce projet.

En effet, nous vivons un moment historique dans lequel nous ne pouvons pas répéter les mêmes erreurs que pendant les crises passées condamnèrent les pays du sud lorsque l’Union européenne décida d’établir une logique néolibérale qui répondait à des critères d’efficacité économique pure, en laissant de côté les exigences démocratiques légitimes des pays du sud.

Après les timides hésitations du premier pacte, il est temps pour l’Union de saisir l’opportunité de revendiquer la souveraineté européenne dans des domaines comme la santé ou l’écologie. Et c’est que la crise des coronavirus a mis en évidence les carences industrielles et sanitaires européennes.

L’Europe de la santé n’a jamais existé et doit devenir notre priorité. En ce sens, nous devons donner à l’UE des pouvoirs très spécifiques dans des secteurs clés tels que l’acquisition de stocks communs de masques ou de tests, des capacités communes d’achat et de production de traitements et de vaccins, des plans communs de prévention des épidémies, etc.

L’idée qui se répète depuis le déclenchement de la pandémie face à la confirmation de la dépendance à l’égard de la Chine, entre autres pays, est qu’il est nécessaire de renforcer l’industrie européenne, notamment dans les secteurs stratégiques. L’Europe ne doit pas être fermée au commerce mondial, la France encore moins, mais parfois elle doit être moins franche et mieux accompagner les secteurs stratégiques.

En outre, le plan économique européen post-pandémique est toujours en cours d’élaboration, après que les États membres aient donné le feu vert à la Commission le mois dernier pour présenter les lignes directrices, qui ne sont pas encore là.

Fin mai, Bruxelles doit présenter un plan capable de combler les différences accumulées entre le nord, le sud et l’est de l’Europe sur le financement de la reconstruction. Paris et Berlin ont tenté ce lundi d’ouvrir la voie à la cristallisation de ce plan, qui a suscité des sensibilités conflictuelles entre les partenaires de l’Union. La France et l’Allemagne ont officiellement stoppé aujourd’hui le refroidissement qui est apparu ces dernières années entre les deux capitales européennes, autour du rythme et de la profondeur des réformes.

La nécessité d’une reconstruction européenne après le cyclone sanitaire et économique dévastateur que le coronavirus est en train de devenir, est devenue en même temps, selon Paris et Berlin, un moment propice pour accélérer la transition écologique et numérique. Favoriser la réduction des émissions de dioxyde de carbone, concevoir une feuille de route verte et même revoir les règles en matière d’aides d’État dans l’intérêt d’une politique plus ambitieuse de lutte contre le changement climatique, voici quelques points parmi d’autres de la déclaration commune franco-allemande .

L’initiative de la chancelière allemande et du président français implique des transferts financiers des deux côtés. Et elle peut servir d’impulsion au projet du fond européen de reconstruction, dont la création a été décidée lors du sommet européen du 23 avril mais qui n’a pas réussi à avancer d’un iota depuis lors.

Le plan prévoit également une première réponse géostratégique à une crise qui pourrait faire bouger les pièces de la table mondiale. Merkel a souligné lors de la conférence de presse après la réunion par visioconférence avec Macron qu’ils résisteront aux nombreuses forces étrangères qui cherchent à promouvoir la division en Europe.

L’initiative commune repose sur quatre piliers:

  • la santé stratégique,
  • des fonds de reconstruction pour la solidarité et la croissance,
  • l’accélération de la transition écologique et numérique
  • le renforcement des capacités industrielles et de la souveraineté européenne.

La proposition doit encore être approuvée par les 27 et sera ancrée dans les premières années des budgets pluriannuels de l’UE. La dynamique des deux grandes puissances européennes peut être décisive pour que le projet se poursuive à Bruxelles.

Le fonds de reconstruction de 500 milliards d’euros apaise les initiatives dans le Sud et rend possible le projet européen en fournissant des ressources aux secteurs et régions les plus touchés sur la base de programmes budgétaires de l’UE.

Il s’agit cependant de subventions et non de crédits, dans le but d’empêcher la dette des pays touchés de monter en flèche. Ce point a suscité l’opposition des secteurs les plus conservateurs de l’Union, comme l’a manifesté Sebastian Kurz.

Cependant, il faut souligner:

• Les 500 milliards d’euros, qui seront lancés sur les marchés au nom de l’UE, auront vocation à être remboursés, par des fonds communautaires et non par des pays individuels. Ce qui pourrait convaincre des pays comme les Pays-Bas de se joindre au projet.

• L’initiative convient aux pays du sud qui, bien qu’ils aient proposé une dette perpétuelle, verront des fonds qui ne seront pas remboursés par les bénéficiaires et qui iront aux secteurs les plus touchés dans les régions les plus touchées par la crise. En d’autres termes, l’Allemagne s’est jointe au projet en permettant que les dettes ne soient pas des crédits que chaque pays doive rembourser, mais elle a réussit à faire que l’argent aille de pair avec des programmes de Bruxelles, dans le cadre du budget communautaire.

Le temps nous dira quel est le développement du chapitre géostratégique de l’accord. Un accord qui prévoit que le fond ait une date d’expiration. Mais l’UE est très habituée aux mesures provisoires qui se perpétuent dans le temps, à commencer par sa capitale à Bruxelles.