Le second tour des municipales 2020

Près de 16 millions de Français sont appelés aux urnes pour élire aujourd’hui leurs maires au second tour des élections les plus atypiques jamais enregistrées.

Des élections municipales reportées de trois mois en raison de la crise sanitaire qui, en l’occurrence, a provoqué plusieurs conséquences pour ce tour décisif dans lequel les dirigeants sont choisis pour environ 5.000 conseils où il n’y a pas eu de vainqueur à la majorité le 22 mars, alors que dans des diverses régions, il a été critiqué que le gouvernement français maintenait le premier tour.

La première de ces conséquences est le programme électoral des candidats. Entre un tour et l’autre, le monde a changé et les priorités électorales aussi. Presque tous les programmes de toutes les parties ont introduit la reprise économique après la crise et la future gestion de la santé comme des priorités.

Une autre conséquence peut être subie sous la forme de sanctions pour la gestion de la crise par le gouvernement lui-même. En fait, au cours des dernières heures, les paris se multiplient à propos d’une sévère défaite pour Macron qui pourrait conduire le président à congédier une partie de son exécutif plus tôt cette semaine.

À cela, il faut ajouter une opportunité historique pour les écologistes français, qui pourraient se lever le 29 avec des fiefs importants tels que Montpellier, Lyon ou Toulouse et qui sont la clé pour la socialiste Anne Hidalgo pour obtenir de nouveau le joyau de la couronne parisienne. Son message clair durant ces mois, liant directement pandémie et écologie a pénétré l’opinion publique et aujourd’hui ils pourraient en récolter les fruits au point de se consolider en tant que force hégémonique de la gauche face aux élections présidentielles de 2022.

Sa montée ne sera pas seulement subie par Macron. Les partis traditionnels, avec plus d’institutions et d’implantation territoriale, vont également être victimes d’une éventuelle vague verte.

La droite traditionnelle peut être confrontée au pire des cas: ne pas gouverner même l’une des cinq premières villes.

Les sondages indiquent qu’un nouveau record d’abstention pourrait être battu ce dimanche: seuls 38% des électeurs se sont montrés prêts à se rendre dans les bureaux de vote. Cela signifierait une participation de plus de six points inférieure à celle de mars, ce qui était déjà désastreux.

En effet, la peur du virus conditionne beaucoup. Au cours de la journée, chaque citoyen qui s’approche des loges électorales habilitées pour le processus devra apporter son propre stylo à bille pour signer l’inscription et choisir le candidat de son choix sur la carte qu’il recevra des délégués de chaque table, qui devront également porter un masque.

En outre et compte tenu de l’interdiction des rassemblement de masse et de la réticence à toute concentration, la campagne a été menée essentiellement via Internet, ce qui pourrait théoriquement bénéficier aux maires sortants qui ont eu une présence publique pendant la crise sanitaire. Ce fait a été dénoncé ces derniers jours par plusieurs candidats aux consistoires qui ont dénoncé des « campagnes secrètes ».

À Paris, la mairie va être contestée par trois femmes, mais en pratique la grande favorite dans tous les sondages est la socialiste Anne Hidalgo, associée aux écologistes.

À Marseille, le retrait du maire depuis 1995, Jean-Claude Gaudin, pourrait signifier la perte d’un fief important pour la droite.

À Lyon, une autre alliance de gauche a de bonnes chances de gagner à la fois la Mairie et l’administration métropolitaine face à l’alliance particulière avec les conservateurs de l’actuel souverain, l’ancien socialiste Gérard Collomb.

Cette fois, on parle moins de grandes conquêtes de la droite nationaliste. Marine Le Pen a tout espoir de conquérir la ville de Perpignan comme le trophée de la journée.

Mais sans aucun doute la grande attention médiatique, en dehors de Paris, sera concentrée dans la ville portuaire du Havre, où le Premier ministre, Édouard Philippe, rivalisera dans une situation politique qui donne matière à écrire. Les sondages lui donnent la victoire, ce qui pourrait renforcer sa silhouette à un moment où les rumeurs sur son éventuel remplacement se multiplient.
Pendant la crise sanitaire, il y a eu des désaccords importants entre les deux, mais la vérité est que la popularité de Philippe, contrairement à celle du président de la République, s’est accrue avec la gestion de la pandémie.