Les Verts, une alternative politique fertile?

Les partis verts semblent réapparaître comme une alternative plausible à la gauche européenne face à l’usure généralisée de la social-démocratie et à la montée du nationalisme. Cependant, la pertinence qu’on leur accorde n’est ni nouvelle ni la même dans toute l’Europe. Dans cet article, nous essayons de déchiffrer d’où viennent-ils, ce qu’ils proposent et quels facteurs aident à comprendre le succès et l’échec de ces partis à travers le continent.

Dans le complexe scénario européen de fragmentation politique et de polarisation sociale et conformément à la désaffection citoyenne rampante envers les partis traditionnels, une nouvelle tendance semble gagner du terrain dans le nord-ouest du continent: la montée des partis verts.

Cela a été confirmé l’année dernière par les élections locales en Belgique et aux Pays-Bas, les élections générales au Luxembourg, les élections régionales en Bavière et les élections municipales en France de cette année. Le discours écologiste, en faveur de la justice sociale, de l’Union européenne et de l’immigration, semble être devenu une formule efficace face à la montée en puissance d’autres partis qui portent la bannière du renforcement des frontières, de l’euroscepticisme ou du déni du changement climatique; en même temps, il a réussi à saper le soutien envers les partis de gauche traditionnels, en particulier les sociaux-démocrates épuisés.

Ce phénomène n’est pas passé inaperçu dans le domaine médiatique et l’écho de l’urgence verte s’est propagé, laissant présager une nouvelle alternative politique de la gauche européenne.

Au détriment de l’euphorie des écologistes, si nous regardons l’histoire et les performances des partis verts en Europe, nous pouvons confirmer qu’il ne s’agit ni d’une nouvelle alternative ni d’une installation sur tout le continent. Au contraire, son succès est limité aux pays ayant des circonstances politiques et socio-économiques très spécifiques, alors que sa présence dans la politique nationale s’est établie en Europe il y a plus d’un quart de siècle.


Les origines des Verts

L’origine de ces partis se situe dans les mouvements sociaux qui ont eu lieu en Europe occidentale à la fin des années 60 et dans les années 70 dans les pays fortement industrialisés qui avaient connu une croissance économique vigoureuse et dont l’état social était très développé. Dans un premier temps, une multitude de jeunes est descendue dans la rue pour protester contre la nucléarisation du continent, à la fois dans les domaines militaire et énergétique, et en faveur de la protection de l’environnement.

Le pacifisme, l’environnementalisme et la justice sociale sont devenus les motifs originaux qui ont donné aux citoyens sceptiques un mécanisme de cohésion avec la viabilité du modèle socioéconomique en vigueur dans leurs pays respectifs.

La croissance économique, ont-ils exigé, ne doit pas être prioritaire sur les préoccupations sociales et environnementales, et la relation avec la nature doit être basée sur la coopération et la considération plutôt que sur la domination.

Ainsi, en Allemagne, en Autriche, dans les pays nordiques, en France ou au Royaume-Uni ont commencé à émerger aux alentours de soixante-dix petits partis politiques qui tentaient de canaliser au niveau local et régional un amalgame hétérogène de revendications environnementales qui n’étaient pas reprises par les partis traditionnels. Bien que le premier parti vert national en Europe soit apparu en 1973 au Royaume-Uni, il faudra attendre le début des années 80 pour que la création de ce type de parti se généralise.

Cependant, depuis l’origine même de ces partis, certaines dynamiques sont devenues évidentes et bien qu’elles aient stimulé leur création ont traditionnellement freiné leur expansion.

-Premièrement, un profil très spécifique de ses membres et électeurs, éminemment de jeunes citadins de la classe moyenne ayant fait des études supérieures.

-Deuxièmement, la fragilité institutionnelle, initialement motivée par le manque d’engagement des militants, qui ont dans une certaine mesure manifesté une aversion pour faire de la politique de manière traditionnelle dans la structure bureaucratisée d’un parti politique conventionnel.

-Et troisièmement, les différences idéologiques en son sein, illustrées par le différend initial entre les parties les plus radicaux et ceux qui ont des positions plus pragmatiques. Les premiers cherchaient à modifier radicalement la nature des relations de la société avec le monde naturel, ce qui impliquait un rejet du système économique et productif en vigueur, tandis que les seconds, qui finirent par prévaloir, étaient plus satisfaits de la réalisation de réformes réalisables qu’à long terme supposait un succès pour la préservation de l’environnement.

Au début des années 80, les partis verts ont commencé à avoir une représentation parlementaire en Belgique, en Finlande, en Allemagne, au Luxembourg et en Autriche, et à la fin de la décennie, ils avaient déjà fait irruption dans plus d’une douzaine de parlements nationaux européens. Leur poids très marginal a commencé à augmenter dans les législatures suivantes, ce qui leur a permis de faire partie de coalitions gouvernementales dans plus de cinq pays dans la seconde moitié des années 90.

En 1995, la Ligue verte finlandaise a été le premier parti vert à rejoindre un gouvernement européen en formant une coalition avec les sociaux-démocrates et les conservateurs. Au cours des deux années suivantes, les Verts ont dirigé les ministères de l’environnement en Italie et en France en tant que membres de la coalition gouvernementale dans leurs pays respectifs.

En Allemagne, ils se sont alliés pour deux législatures, de 1998 à 2005, avec les sociaux-démocrates pour s’installer dans le gouvernement et contrôler divers portefeuilles. Le même scénario se produirait en Belgique entre 1999 et 2002.

Global Green - Helping the people, the places, the planet in need.

Au début du siècle, les Verts s’étaient déjà installés dans les parlements d’Europe occidentale et traversaient alors le moment de la plus grande importance politique dont ils jouissaient jusqu’á ce jour. En dehors du Vieux Continent, la propagation de ce type de parti a conduit à la fondation de la fédération mondiale Global Green en 2001, dont la lettre fondatrice, la «Green Card of the Earth», a servi de référence sur ses principes et valeurs partagées.

Cependant, après les démarches respectives des gouvernements européens, l’usure des coalitions gouvernementales, les divisions internes et, dans certains pays, comme en Allemagne, les désillusions provoquées dans les aspects les plus ambitieux ont fini par saper leur soutien électoral.

Au cours des années suivantes, ils ont été relégués à une position marginale dans l’opposition, un scénario qui serait encore moins rose avec l’avènement de la crise financière qui a frappé le continent depuis 2008, qui plaça de nouveau l’économie et d’autres questions plus matérialistes au centre de la débat politique, au détriment de l’environnementalisme.

Le contexte politique des verts

En tout état de cause, la répartition inégale du soutien et de la pertinence des partis verts dans toute l’Europe est frappante. Consolidé en Europe centrale et septentrionale, sa position a été très marginale dans d’autres pays de l’est ou du sud jusqu’aux élections municipales françaises. En effet, on peut donc se demander ce qui détermine le succès ou l’échec de ce type de parti.

Les études menées dans le domaine des sciences politiques tendent à montrer que les partis verts ont plus de chances de réussir dans des sociétés et des contextes post-matérialistes, c’est-à-dire des économies très avancées dans lesquelles les conflits politiques s’éloignent de questions plus essentielles et tournent autour de la qualité de vie. Par conséquent, l’une des plus grandes préoccupations de ses citoyens n’est pas nécessairement la croissance économique ou la redistribution de la richesse.

Au contraire, dans les sociétés dont les économies connaissent de graves déficiences, les priorités ont tendance à s’éloigner des problèmes perçus comme moins vitaux, tels que la protection de l’environnement. Cette théorie permet de comprendre pourquoi dans les pays à fort taux de chômage, les partis verts ne sont généralement pas performants, comme en Espagne ou en Grèce.

Outre les caractéristiques socio-économiques, un deuxième facteur considéré comme clé est la dépendance à l’énergie nucléaire dans différents pays: différentes études ont confirmé que, dans les pays où la production de ce type d’énergie est plus importante et dans les régions où il y a centrales nucléaires, les partis verts ont tendance à bénéficier d’un plus grand soutien social.

Il existe également des éléments plus liés à la configuration politique nationale. Dans les États où il y a une plus grande décentralisation, les verts ont plus de possibilités de mobilisation et de retours électoraux au niveau local et régional comme étape préalable à leur émergence sur la scène nationale. Un exemple clair de cela est l’évolution des Allemands verts, qui sont devenus forts dans les parlements et les gouvernements régionaux avant d’obtenir de plus grands succès au niveau national.

Parallèlement à cela, la proportionnalité parlementaire et le degré d’absorption des minorités par le système électoral influence également: les obstacles à l’obtention de sièges ont toujours été un casse-tête pour les partis verts, qui obtiennent généralement un très faible pourcentage de voix.

Un autre facteur qui semble conditionner le succès écologique est l’existence de partis de gauche plus radicaux qui ont une certaine équivalence en termes d’objectifs économiques et qui monopolisent également plus ou moins les aspects écologiques. Ceux-ci ont tendance à être un concurrent électoral inconfortable, car ils sont généralement des partis dont les électeurs sont démographiquement très similaires – urbains, laïques et très instruits – et luttent de la même manière pour remporter le vote anti-establishment.

Conclusion

Tout d’abord il faut dire que seul 16% des électeurs européens considèrent le changement climatique comme un l’un des deux problèmes les plus importants auxquels l’Union européenne est confrontée.

En revanche, le terrorisme, l’immigration ou les finances publiques sont toujours considérés comme des problèmes plus urgents. C’est pourquoi les spéculations selon lesquelles les verts deviennent la nouvelle référence pour la gauche européenne semblent encore très ambitieuses. S’il est vrai que les avancées environnementales sont vigoureuses et semblent s’installer dans une série de pays plus favorables, elles n’ont simplement pas émergées dans d’autres pays où d’autres forces politiques qui influencent des questions jugées plus prioritaires l’ont fait. Un exemple est le parti de droite nationaliste  »VOX » en Espagne.

Toutefois, le recours à la coalition  »à la française » (Communistes, socialistes, verts) pourrait se répéter de nouveau à l’échelle nationale en 2022 et influencer d’autres pays.

En outre, l’avenir des partis verts semble être conditionné par le degré de bien-être des citoyens et la manière dont les questions environnementales viennent influencer cela. Par conséquent, une augmentation de la conscience environnementale ou une aggravation de l’environnement qui augmente la perception individuelle de vulnérabilité – due à la pollution ou au réchauffement climatique, par exemple – pourraient être des stimulants qui motiveront le vote pour ces partis dans les années à venir.

Toutefois, il faudra attendre de voir si les pousses vertes qui brillent déjà sortant des sols favorables s’enracinent dans des terres moins fertiles…

Le prochain rendez-vous: les présidentielles de 2022.

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